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Accessibilité des spectacles en Nouvelle-Aquitaine : où en est-on en 2024 ?
Les athlètes des Jeux paralympiques ont, pendant quelques jours cet été, porté haut la question de l’accessibilité dans le sport. Loin de la bulle des JO de Paris, retour en Nouvelle-Aquitaine pour interroger nos droits culturels. Quelles sont, aujourd’hui, les solutions envisagées pour rendre les spectacles accessibles ? Éléments de réponses et tour d’horizon de quelques initiatives inspirantes.

Mamamé_© Philippe Laurençon
« Aujourd’hui, tout le monde sait qu’il y a un enjeu » entame Philippe Demoulin, cofondateur de la compagnie Les Singuliers Associés, incontournable interlocuteur sur les questions d’accessibilité en Nouvelle-Aquitaine. Optimiste, le cofondateur de la compagnie créée en 2009 à Limoges, ne parle que de solutions.
Parmi elles, le dispositif Dans tous les Sens : une initiative soutenue par la DRAC depuis 2010, qui vise à « construire les conditions d’émergence d’une offre de spectacle vivant accessible ». Il s’agit, entre autres, de « mettre tout le monde autour de la table » et de repérer dans toute la région, des spectacles accessibles aux personnes en situation de handicap sensoriel, classés en trois catégories : les spectacles adaptés (avec un dispositif de surtitrage ou d’audiodescription), les spectacles « naturellement accessibles » aux spectateur·ices, et les spectacles pensés dès la création pour être accessibles.
C’est dans cette troisième catégorie qu’on trouve Mamamé (photo), dernier spectacle de la compagnie, qui a intégré l’audiodescription au cœur-même de la création : son écriture est travaillée et elle est interprétée par la comédienne Sylvie Audureau. La compagnie s’est également saisie de la technologie « MobileConnect » qui permet la diffusion de l’audiodescription via une application mobile, directement sur le smartphone des spectateur·ices. Un coup d’avance pour la compagnie des Singuliers Associés qui ouvre ainsi l’ensemble de ses représentations aux personnes malvoyantes ou aveugles, habituées à quelques séances dédiées et marginales. Qui plus est, cette proposition peut être mise en place sans surcoût pour les lieux de diffusion.
Pour essaimer, ce dispositif pourrait être mis à disposition de lieux ou d’autres compagnies avec le soutien d’agences régionales de prêt de matériel. Car si la mutualisation des dispositifs d’adaptation existe entre les salles, elle n’est pas systématique.
Vincent Robert, directeur de l’APMAC, témoigne de son intérêt pour ce type d’initiatives, et relève aussi les freins à l’adaptation des spectacles : obsolescence programmée des dispositifs (gilets vibrants, boucles magnétiques…), coûts, défaut de standardisation des logiciels et besoin de formation des équipes.
En effet, la question du bâti est loin d’être la seule à se poser – bien que la majorité des salles soient aujourd’hui accessibles aux personnes à mobilité réduite comme on peut le relever grâce à l’onglet « accessibilité » de l’inventaire des lieux scéniques de l’APMAC. Mais c’est bien dans tous les services qu’il faut sensibiliser aux enjeux de l’accessibilité : des technicien·nes aux programmateur·ices, en passant par les professionnel·les de la communication, afin qu’elle soit adaptée en amont des spectacles, de même que par les chargé·es de médiation pour proposer, par exemple, des visites tactiles qui permettent aux spectateur·ices de toucher les décors, les costumes… Bref, cette question touche tout le monde.
C’est justement pour échanger collectivement que le théâtre de l’Union a accueilli la journée Accessibilité, création et publics, organisée avec d’autres Centre dramatiques nationaux. « On est confronté à des situations isolées dans nos structures et on voulait échanger sur nos solutions » raconte Anaïs Pascal, et la responsable des relations avec les publics au théâtre de l’Union à Limoges, de poursuivre : « sur certains spectacles, on accueille une association avec des enfants ayant des troubles autistiques, parce qu’on s’organise pour les accueillir dans le calme, on entre avec eux et l’éducateur. » Organiser cet accueil personnalisé demande du temps, et donc des moyens. « Assez vite [quand on parle d’accessibilité], on arrive à des changements structurels et s’il n’y a pas une volonté d’établissement forte, ça ne se met pas en place, ou seulement de manière superficielle » note Philippe Demoulin.
À l’image de l’épreuve paralympique du relais universel où des individus aux corps et aux regards sur le monde singuliers se relaient pour une même course, Anaïs Pascal imagine un spectacle vivant accessible : « Ce serait un théâtre où n’importe qui pourrait venir sans avoir besoin d’anticiper sa venue. Il y aurait des personnes sourdes au plateau et des dispositifs pour les personnes mal ou non voyantes… » Un effort collectif en marche en Nouvelle-Aquitaine, qu’elle souhaite poursuivre, mobilisant l’ensemble des professionnel·les du spectacle autour de la conscience qu’un corps valide et normé n’est qu’éphémère – un corps singulier parmi tous les autres.
Pour aller plus loin…
- Reportage du Portail Culture Nouvelle-Aquitaine : Audiodescription mobile : une technologie responsable
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