Au printemps 2026, l’association L’A. Agence culturelle Nouvelle-Aquitaine est en liquidation en raison de l’arrêt de son financement par la Région et la DRAC Nouvelle-Aquitaine. Le présent site web est une archive hébergée par la Région Nouvelle-Aquitaine, consultable à l’envie pour un temps indéterminé (pages web, ressources PDF…) et dont les contenus seront en partie repris par le portail Culture & Patrimoine.
La Maison forte – Lieu de culture(s) extensive(s)
À Monbalen, dans le Lot-et-Garonne, la Maison forte veut donner toute sa dimension polysémique au mot « culture ». Philippe Brzezanski et Bruno Caillet y ont initié cette « fabrique coopérative des transitions », qui a pour programme d’impulser « une culture du vivant ». Ou selon leurs mots, « un projet culturel qui n’a pas peur de travailler le sol ».

©La Maison forte
LE BESOIN D’UNE ÎLE
L’un a été directeur de scène nationale, éditeur, opérateur culturel. L’autre use de son savoir d’ingénieur multimédia pour concevoir des outils numériques à destination des territoires et des acteur·rices culturels. Voici dix ans que Philippe Brzezanski et Bruno Caillet ont ressenti le besoin de capitaliser leurs expériences dans un projet commun et autour des communs, pour faire face à l’urgence d’une transition écologique, sociale, économique, culturelle. Cela passait par la création d’un lieu à la campagne, brassant les imaginaires artistiques mais aussi paysagers, agricoles, démocratiques.
Après une première tentative dans l’Aude, ils posent leurs valises à Monbalen en 2017, dans une maison de maître, au milieu de six hectares. Après un patient travail d’ateliers de rencontres cherchant à explorer les besoins du territoire et de ses habitant·es, l’association, avec l’arrivée à sa présidence de Victoire Dubruel, une autre grande professionnelle du spectacle et des arts plastiques, ouvrait ses portes aux publics. La mairie les accueille à bras ouverts et les habitant·es leur font comprendre que cette élégante bâtisse construite entre le 13e et le 18e siècle, riche de six hectares, de dépendances et d’un impressionnant réseau d’eau, est le « château » du village, imbriqué dans l’histoire du pays de Serres ; l’une des premières actions de la Maison forte a d’ailleurs été de proposer une marche audio guidée pour découvrir ce patrimoine au travers de récits pluriels, passés et présents. Ils et elles sont aujourd’hui onze coopérateurs et coopératrices dans l’aventure, entouré·es d’ « ami·e » et « compagnon·es » prêtant main forte régulièrement ou ponctuellement à la Maison forte, dans son projet multidirectionnel : entre recherche, création artistique, hospitalité, agro-écologie, et accompagnement pédagogique dans le cadre de l’École ÊTRE.
DANS TOUS LES SENS
« Île », « Archipel », « utopie en actes » etc. La Maison forte, littéralement « part dans tous les sens » (agroécologie, démocratie coopérative, création artistique, pédagogie, recherche) et interroge le sens et les sens. La tête dans les étoiles, et les bottes dans la terre. Une clef de lecture du projet est donnée par la lecture de l’éditorial du dernier Action(s) locale(s), cahier annuel de l’association, paru à l’automne 2023 : face aux effondrements annoncés, « le changement ne viendra pas par le méta (…) mais par les individus et groupes d’individus en phase avec leurs peurs. Ainsi, il faudra inventer de nouveaux imaginaires en lien avec nos territoires de vie ». Ou pour reprendre un slogan connu : « Penser global, agir local ». « Nous avons très vite trouvé un public qui avait envie de ce type d’espace », raconte Philippe Brzezanski. « L’élargir est un chantier qui demande du temps. »
Agir sur son territoire, c’est d’abord le connaître. L’un des axes forts du projet de la Maison forte est le Mattang : un diagnostic sensible et coopératif du territoire, au nom inspiré de la cartographie de navigation polynésienne basée sur l’étude des vagues. Mattang invite des équipes de citoyen·nes à interroger chacune cent habitant·es du territoire, sur différents sujets. Les entretiens sont restitués par différents canaux (podcasts, écrits) et traités par un système d’intelligence artificielle qui produit une analyse des différents contenus. L’objet de Mattang, c’est de substituer du récit sensible aux « diagnostics de territoire » technocratiques, et de substituer des cartographies sensibles à la perception « GPS » du territoire. C’est enfin et surtout de donner du pouvoir d’agir aux personnes interrogées, de les considérer comme des citoyen·nes actif·ves plutôt que comme un panel sondagier.
MOISSONS FÉCONDES
Plutôt que de programmation, on peut parler de rendez-vous pour les quelques cinquante rencontres publiques proposées annuellement par La Maison forte, lieu d’accueil et de frottements plutôt que
de diffusion. Les « Bazars », par exemple, réunissent résident·es et participant·es autour de thématiques tels que « Devenirs collectifs »,« Le temps des rites », « Voyages instables » etc, et de projets artistiques performatifs. Les ateliers populaires, eux, invitent à débattre autour d’enjeux politiques et sociaux, avec de grands témoins. L’été est ponctué de guinguettes, avec concerts, précédés de rencontres avec les résident·es, et de nombreux ateliers de pratiques artistiques ouverts à tous·tes. La convivialité non seulement n’est pas oubliée, mais elle est un axe politique du projet : les fondateurs, dès leur arrivée, ont rencontré le vivier de producteur·rices locaux·ales avec lequel ils travaillent.
Enfin, la fin de la saison (qui va de mars à octobre) est ponctuée par « Champs magnétiques » : trois jours de cinéma et de débat au cours duquel le Cahier de l’année, qui récapitule le brassage d’idées et d’actions, est présenté. La Maison forte a très rapidement convaincu les partenaires : la Drac Nouvelle-Aquitaine, la Région, le département de Lot-et-Garonne, la commune et la Communauté d’Agglomération du Grand Villeneuvois. Un travail de concertation et co-écriture d’un projet de Centre Culturel de Rencontres permet à la plupart des partenaires publics une approche transversale : ESS, culture, formation, agroécologie, patrimoine, tourisme, développement territorial etc. Le label CCR devrait donner à l’association une assise de fonctionnement tout en préservant son ADN : Tiers Lieu, Fabrique de territoire, Laboratoire d’innovation sociale, artistique et culturelle.
La Maison Forte
La Maison Forte — 47340 Monbalen
05 53 47 63 91
➜ la-maison-forte.com
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