Politiques culturelles des villes

Quelques mois après les élections municipales,L’Affût donne la parole à 3 élues en charge de la culture au sein de leur Commune.Elles s'expriment sur les politiques culturelles qu'elles engagent pour les années à venir.

Catherine Benguigui – La Rochelle / 75 400 Habitants

L’Affût : Comment va s’articuler la politique culturelle de la Ville de La Rochelle avec celle de l’Intercommunalité pour les six prochaines années ?

Catherine Benguigui : La Communauté d’agglomération de La Rochelle n’a pas la compétence culture mais la compétence en matière de construction, aménagement, gestion et entretien des équipements culturels communautaires : La Coursive Scène nationale, la médiathèque Michel-Crépeau, le Conservatoire de musique et de danse, la salle de musiques actuelles La Sirène, ainsi que la coordination, animation du Réseau des écoles de musique et de danse et du Réseau des bibliothèques/médiathèques communales. En ce sens il ne convient pas de parler de politique culturelle de l’Intercommunalité. Néanmoins, un des axes stratégiques de la politique culturelle de la Ville de La Rochelle est de favoriser la mise en œuvre d’actions culturelles en transversalité et en connexion avec d’autres territoires proches ou plus lointains.
Les grands établissements, qu’ils soient de compétence communautaire ou municipale (tels le CCN Cie Accrorap, le CNAREP Sur le pont, le Carré Amelot, la Maison des écritures) concernent tous les habitants du territoire. Aussi il sera important d’impulser des projets en direction de tous les quartiers de La Rochelle et aussi des villages éloignés de la ville centre. L’enjeu est de faire venir mais aussi d’aller vers. Il est évident qu’un grand nombre de créations accueillies exigent un plateau technique d’envergure mais si l’on veut que plus de personnes de tous les âges aient la possibilité d’entrer dans une vie culturelle, de pratiquer, découvrir, construire, prendre plaisir auprès des artistes, ou le devenir, il faut réfléchir à la manière de faire ensemble.
Les parcours artistiques dans les écoles, proposés par la Ville en convention avec la DRAC Nouvelle-Aquitaine irriguent déjà un peu le territoire mais c’est compliqué pour les petites Communes de financer une part des propositions. La Coursive, le CNAREP mais aussi des compagnies diffusent déjà des spectacles. Il nous faudra aussi réfléchir à comment favoriser la présence artistique dans la CDA à travers, par exemple, des résidences d’artistes partagées. Nous allons réfléchir en binôme avec Vincent Coppolani, élu en charge des grands établissements à la CDA et je le convierai à participer au conseil culturel que je souhaite mettre en place à la Ville. C’est un enjeu culturel mais aussi politique. Les grands défis sociétaux auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui (climatiques, sociaux, géographiques) supposent de comprendre, susciter, appréhender les transitions non seulement énergétiques ou économiques mais aussi culturelles. C’est avec les artistes et par la culture que l’on peut bousculer les idées reçues, élargir son espace mental, s’adapter à notre monde en mouvement perpétuel, faire reculer les peurs, s’adapter et transformer les habitudes.

L’Affût : Quelles sont vos priorités ?

Je souhaite que La Rochelle soit la ville des artistes. Parce qu’ils rendent visible l’évolution du monde et nous aident à grandir dans tous les sens du terme. C’est en faisant saillir les propositions et en concernant le plus de monde possible que cela pourra être. La culture traverse une crise majeure. Elle ne doit pas devenir une variable d’ajustement à la crise économique, sociale et politique à venir. Bien au contraire. La résidence d’artiste permettant le soutien à la création en tous lieux, la construction de projets, la réflexion, mais aussi la diffusion est un outil à rendre visible, à développer. L’idée est de diagnostiquer ce qui existe et qui est concerné aujourd’hui, susciter des relations entre les acteurs, accompagner l’émergence de nouveaux projets dans toutes les disciplines artistiques et en porosité, les frontières entre les arts s’effaçant. Mais aussi, impliquer des associations et lieux variés, tels les centres sociaux, relier l’art et toutes les activités humaines, relier l’art et la science et diffuser la culture scientifique.
La pratique artistique à tous les âges est aussi un axe fort. Nous rendrons visible l’éducation artistique et culturelle par une journée des arts à l’école pour partager. Ceci pour permettre un projet fort, fédérateur associant les habitants.
La culture foisonnante à La Rochelle ne doit pas concerner qu’une catégorie de population. Le chemin culturel est un chemin vers la démocratie.
Rassembler autour de la culture, c’est accompagner, fédérer, anticiper, professionnaliser, soutenir, relier les personnes, articuler les projets existants aux initiatives émergentes, permettre aux artistes de travailler.

L’Affût : Quels sont vos besoins pour réussir pleinement votre mandat ?

Le premier besoin est celui de l’énergie positive ! Ce qui suppose une présence politique importante et celle de toute l’équipe culture de la Ville. Et la confiance.
Je crois beaucoup à l’intelligence collective, au dialogue, à l’écoute et que les évolutions se font dans la relation aux autres ; c’est ainsi que nous allons mettre en place un conseil culturel évolutif en fonction des thématiques et problématiques à aborder. Ceci pourra permettre des transversalités politiques et opérationnelles.
Il nous faudra également être en capacité de mieux diffuser l’information, faire savoir, rendre intelligible la démarche. Cela passe par un agenda exhaustif mais aussi toujours l’implication des personnes.
Et puis bien sûr convaincre toujours, les uns et les autres pour que le budget culturel ne soit pas non plus une variable d’ajustement ! Ce n’est pas le cas à La Rochelle. Et c’est une chance !

Marie-Claude Iachemet – Agen / 34 000 habitants

L’Affût : Quelle va être votre politique culturelle pour les six prochaines années ?

Marie-Claude Iachemet : Pour construire les grands axes de la politique municipale pour les six années à venir et notamment ceux de la culture, les Agenais ont été consultés. Ce sont ainsi 6 engagements de mandat qui ont été pris sous le défi du mieux vivre ensemble. Cette démarche prend en compte l’ensemble des Agenais dans leur diversité, soutenue par une volonté de développer ou de renforcer chez nos concitoyens un sentiment d’appartenance à leur ville.
Notre politique culturelle sera innovante et se structurera autour de trois axes : la culture hors les murs, la transversalité et la communication. Je souhaite mettre l’accent sur une culture hors les murs. Elle existe déjà mais l’idée est de la développer. Proposer ainsi la culture en dehors des lieux clos qui ont l’habitude de la recevoir et qui peuvent être difficiles à franchir pour un certain nombre de publics. Des lectures publiques ou animations dans les jardins de la médiathèque, des concerts des élèves et professeurs du conservatoire dans les jardins de la ville, du théâtre dans la rue, des reproductions du musée à l’extérieur et la présence d’artistes dans la ville…
Ensuite, la transversalité de nos actions entre nos différents lieux culturels municipaux et l’ensemble des acteurs culturels sur le territoire de la commune d’Agen est l’un des axes de la politique culturelle que je défends. Des passerelles existent par le biais du lien parent-enfant.
Je veux, enfin, faire de la communication un outil d’attractivité plus important encore pour la culture. L’accent sera mis sur la communication numérique ou plus traditionnelle.
La période si particulière de confinement que nous avons traversée a vu un essor des communications numériques, qui peuvent prendre différentes formes. Contenus culturels en ligne, qui ont pu jouer un rôle compensateur pour une partie des publics. Cette communication numérique peut également être un vecteur d’inclusion pour des publics éloignés de l’accès à la culture (personnes âgées en établissements, personnes hospitalisées, populations des quartiers, personnes peu voire pas mobiles). Ces outils de communication numérique peuvent aussi accompagner une visite dans un lieu culturel afin d’aller plus loin ou pour visiter différemment un lieu.
La communication traditionnelle devra néanmoins subsister. Elle est complémentaire de la première et elle permet elle aussi de toucher un public en retrait des technologies de la communication. Elle assure une présence physique sur les panneaux d’affichage de la ville, dans les journaux… autant de vecteurs qui restent visibles et consultés par les Agenais.

L’Affût : Quelles sont vos priorités ?

Elles sont de trois ordres :
Moderniser le musée des beaux-arts d’Agen afin de l’adapter aux nouveaux usages du public : nouvelle scénographie pour nos collections permanentes, amélioration de l’accessibilité, création d’une salle de conférence, d’un véritable accueil ainsi qu’une boutique. Ce réaménagement se fera également en lien avec celui de l’église des Jacobins, qui deviendra un site d’expositions régulières de qualité à l’image de celle sur Goya. Proposer un éveil musique et danse à tous nos enfants des écoles agenaises. Nous avons souhaité mettre en place des apprentissages musique et danse pour les enfants du primaire avec des intervenants spécialisés afin de leur faire découvrir ces disciplines et créer des passerelles entre nos écoles et notre conservatoire.
Offrir autour du livre un espace repensé avec la médiathèque qui sera transformée en lieu de vie et d’étude. Nous développerons une véritable politique publique de la lecture en accompagnant les jeunes en difficulté de lecture.
Sur un plan plus pratique, nous améliorerons les conditions de travail de la salle de lecture (climatisation, élargissement des horaires pour les étudiants…) et d’accès aux journaux et magazines. Cette thématique du livre et de la lecture sera aussi l’occasion de faire mémoire de Michel Serres, philosophe agenais. Un groupe de travail rassemblant élus, administration et membre de la famille de cet illustre penseur proposera des actions visant à honorer et faire vivre son œuvre philosophique.

L’Affût : Quels sont vos besoins pour réussir pleinement votre mandat ?

La première nécessité, et je m’y suis employée dès mon arrivée, est de faire un état des lieux de l’existant et des besoins afin de se fixer une feuille de route pour les années à venir. Il s’agira ensuite de fédérer, consulter, co-construire avec nos partenaires habituels et même d’aller en chercher de nouveaux, par exemple, des mécénats éventuels pour la rénovation de notre musée. Le dialogue permanent avec les autres collectivités et structures partenaires est primordial pour faire perdurer les initiatives, les faire vivre.
Il conviendra également de mener des évaluations de nos différents dispositifs, afin de les faire évoluer et les améliorer le cas échéant.
Notre réussite sera entière en nous appuyant sur les forces culturelles du territoire. Se réinventer au service de la culture !

Anne Barbet – Oloron-Sainte-Marie / 10 700 habitants

L’Affût : Quelle va être la politique culturelle de la ville d’Oloron-Sainte-Marie pour les six prochaines années ?

Anne Barbet : La politique culturelle de la Ville se devra d’être à la portée de tous et pour tous les publics.
Pour des raisons politiques, il n’y avait plus de lien avec la Communauté de Communes du Haut-Béarn. Nous nous attacherons donc à retisser ce lien, très important pour notre Commune qui, sans ambition d’absorption, reste la ville centre où ont été construites la médiathèque – Équerre d’Argent pour son architecture particulière à la Confluence de deux gaves – et la salle de spectacle, Espace Jéliote Scène conventionnée, modulable pouvant recevoir aussi bien concerts, ballets, théâtre, théâtre d’objet, marionnette.
La compétence culturelle est portée par la Communauté de Communes du Haut-Béarn (CCHB) qui regroupe 4 vallées depuis 2017. Le travail effectué par les services de la CCHB a amené son service culture à s’intéresser au spectacle vivant et à la marionnette. Ayant obtenu le label national pour les arts de la Marionnette, ne manquait plus que l’Atelier marionnettique qui ouvrira dans les prochains mois. La Ville, avec son service culture, s’attachera à créer de nouvelles perspectives pour ses quelques 303 associations. Une richesse associative très dense et variée. Nous souhaiterions faire réfléchir les associations entre elles pour proposer des manifestations qu’elles ne pourraient pas organiser seules. Le but est de créer une synergie d’idées. Nous les épaulerons juridiquement, matériellement et pourquoi pas les subventionnerons au travers d’appels à projets inter-associatifs.
En créant la Commission des Associations dès notre arrivée, c’est cette émulation qui sera notre « chemin de faire ». Elles seront intégrées de la réflexion à l’action, de l’expression des besoins à la mise en place des moyens.

L’Affût : Quelles sont vos priorités ?

Écoute, accompagnement, partage, accès à la culture et au sport pour tout·e·s !
Faire confiance à nos agents communaux en leur permettant de produire des actions culturelles et patrimoniales de qualité.
Notre première priorité est de soutenir le bénévolat en recréant du liant. Il s’agira de soutenir et conforter le bénévolat qui représente près de 3 000 personnes réparties sur nos 303 associations et plus de 6 000 adhérents.
Il y a quelques années, nous avions créé la carte bénévole. Elle permettait à son possesseur de bénéficier d’avantages sur les tarifs du cinéma, les entrées de rencontres sportives, des essais dans des ateliers de peinture ou sculpture. Ce sont les associations partenaires qui offrent ces avantages. Nous nous devons de réfléchir et d’enrichir cette carte ou du moins cette offre d’avantages. Sans les bénévoles, il n’y a plus d’association.
Nous mettons en place des formations dédiées aux dirigeants. La première concernera les budgets et est programmée pour fin novembre. Incontournable pour la pérennité d’une association, l’établissement du budget prévisionnel est un moment privilégié de réflexion. Il permet de prendre le recul nécessaire à la fois sur ses activités mais aussi et de façon plus globale sur la situation à venir de la structure.
Notre deuxième priorité est de d’approcher les publics en ouvrant les espaces. Les aires de jeux dans les quartiers urbains et ruraux utilisables par les scolaires comme par les riverains ; les espaces naturels pour découvrir la biodiversité et favoriser la conscience environnementale ; les lieux de pratiques sportives et de détente pour celles et ceux qui ne sont pas compétiteurs ; les lieux aménagés dédiés aux pratiques et postures corporelles douces, à la méditation et au bien-être.
Notre troisième priorité est de favoriser l’accès à la culture pour toutes et tous afin qu’elle soit partagée, la richesse patrimoniale de notre ville mieux connue et reconnue, en nous appuyant sur le rôle fédérateur du Pays d’Art et d’Histoire. Favoriser l’accès à la culture également en amenant au plus près des scolaires et des habitants de quartiers des spectacles et expositions dans nos écoles communales. Nous déclinerons cette idée d’expositions éphémères dans les couloirs ou vestiaires sportifs. Ainsi, ce sont les spectacles et expositions qui viendront vers les publics dans des lieux insolites.

L’Affût : Quels sont vos besoins pour réussir pleinement votre mandat ?

Hormis des journées de 48h, une nouvelle salle de sports – une de nos salles ayant dû être fermée par arrêté pour une durée indéterminée suite à des désordres dans la structure du toit –, des locaux pour les associations qui n’en disposent pas, des moyens financiers.
Dans une période plus que contrainte en financement, indécise dans l’évolution sanitaire que nous vivons, le défi sera de maintenir ce tissu associatif oloronais extraordinaire.
Nous avons besoin de retrouver du sens à nos engagements qu’ils soient politiques, associatifs ou tout simplement citoyens.
Je n’ai pas peur d’être dépourvue d’idées, on peut faire plein de choses avec moins de moyens.


Crédits photos :
Symphonia Piesni Zalosnych, CCN La Rochelle Cie Accrorap, photo Xavier Léoty, ccnlarochelle.com

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