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Les métiers en tension dans la culture
 
La culture – et en particulier le spectacle vivant – connait une pénurie de main-d’œuvre.
Comme beaucoup d’autre secteurs. Sauf que la culture est, en plus, devenue « non essentielle ».
La désaffection est sévère, mais seule la saison 2022-2023 nous dira si cette tendance s’installe
ou s’il s’agit seulement d’un « gros grain à traverser ».
 
Par Sarah Le Blé

D’abord s’entendre sur les termes. « Lorsqu’on parle de métier en tension, on se situe du côté de l’employeur, qui a des difficultés à pourvoir des postes », remarque François Dumot, statisticien à Cap Métiers, l’agence de l’orientation, de la formation et de l’emploi en Nouvelle-Aquitaine.
« Quand on se place du point de vue du salarié, on parle davantage de « métier porteur ». Cela change de perspective en effet… reste que, tout porteur qu’il soit, le secteur culturel attire moins les jeunes. « Avec des grilles salariales assez basses, des horaires décalés, un manque de reconnaissance…, le monde de la culture a perdu de son prestige. Surtout depuis qu’il est devenu « non essentiel » », analyse Vincent Robert, directeur de l’APMAC, association de soutien technique au spectacle vivant.
De plus, le monde du spectacle est souvent associé à des métiers de passion ; or sur le terrain, les problématiques de sécurité deviennent omniprésentes et peuvent faire perdre de son sens aux métiers techniques. Par ailleurs « les reports de spectacles dus à la crise ont provoqué un embouteillage avec parfois une activité double pour certain·ne·s technicien·ne·s », observe Framboise Thimonier, du SYNPTAC (Syndicat National des Professionnels du Théâtre et des Activités Culturelles), qui complète : « Les primo arrivants sont allés chercher du travail ailleurs et ne sont pas forcément revenus par la suite ».
Du côté des administrateur·rice·s, au-delà des conditions matérielles d’exercice du métier, on manque parfois de reconnaissance, remarque Aurélie Favre, de LAPAS (L'Association des Professionnels de l'Administration du Spectacle) : « Cette problématique a été accentuée par la pandémie avec d'un côté des lieux sous tension et de l'autre des artistes angoissé·e·s. »

La question du travail réinterrogée

« La surcharge de travail qui a affecté les postes administratifs du fait des reports ou des annulations a accentué la fatigue des salarié·e·s, qui ont parfois préféré partir ou souhaité abaisser leur temps de travail », constate Framboise Thimonier.
Pour la plupart des observateur·rice·s, le contexte sanitaire n’a fait qu’accélérer un phénomène latent lié à la tension budgétaire, au renouvellement des équipes… Et sans doute à un certain hiatus entre les générations, selon Sylvain Cousin, animateur du COREPS (Comité régional des professions du spectacle) : « Les postes hyper polyvalents pouvaient jusqu’ici apparaître mieux assumés ; maintenant c’est plus compliqué, la question du travail est réinterrogée, celle des priorités se pose pour chacun. Sans compter que la nouvelle génération vient succéder à celle des bâtisseurs : il peut y avoir une tension entre les aspirations et composer avec ce qui existe. Il est évident que les jeunes doivent s’engager dans un secteur où ils n’ont pas la même place. »

Contrat de filière attendu

Vincent Robert veut croire que le contrat de filière qui est en train de se mettre en place va « permettre d’identifier les besoins, de rentrer dans le détail et de se coordonner à l’échelle régionale ; car la crise sanitaire a, en quelque sorte, figé la situation sans que l’on cherche à y remédier. Si la transmission et le partage des œuvres sont nécessaires, il faut mettre les moyens. »
Même son de cloche pour Sylvain Cousin : « Quel que soit le prisme, la question financière se pose : les entreprises ont besoin de financement. » Et de citer certaines organisations syndicales regrettant les emplois aidés ou les emplois associatifs au niveau régional. Lesquels ne vont pas sans un nécessaire renforcement de l’attractivité de la filière d’un point de vue salarial ou sur le plan de la formation, insuffisante en Nouvelle-Aquitaine, comme cela a déjà été souligné en COREPS, notamment en ce qui concerne l’administration du spectacle.

Inclassable culture

« C’est un secteur globalement inquiet, les métiers administratifs et techniques souffrent d’une véritable désaffection, il existe un vrai problème de recrutement », résume Aurélie Favre. « On manque même de candidat·e·s pour notre formation de technicien polyvalent du spectacle vivant », renchérit Vincent Robert, qui précise toutefois : « Le monde de la culture est très vaste et il faut déjà s’entendre sur le périmètre. Quand le ministère parle d’industrie culturelle, on est à l’opposé du spectacle vivant. »
D’ailleurs ces constats partagés sur le terrain ne se reflètent étonnamment pas au niveau des chiffres : « Les indicateurs montrent un niveau de tension faible par rapport à l’ensemble des métiers. Entre autres raisons probables, ce sont souvent des métiers que l’on a du mal à cerner, avec des trajectoires moins normées, beaucoup de profils de personnes en multiactivités, donc difficiles à classer », expliquent François Dumot et Clémence Morvan, chargée d’études, de Cap Métiers.
La tendance est sans doute au « produire moins mais mieux », en résonance avec les intentions de décroissance et de décélération, mais aussi en lien à une certaine désaffection des personnes. Reste à savoir si la question essentielle / non essentielle va se poser à nouveau avec les problèmes d’énergie à venir.

 
APMAC

L’APMAC est une association de soutien technique au spectacle vivant créée en 1979 qui intervient sur la région Nouvelle-Aquitaine à partir de ses deux sites : Limoges (87) et Saintes (17). L’APMAC couvre tous les champs de la technique du spectacle : location de matériel, conseil à la maitrise d’ouvrage, formation, direction technique et ingénierie…
Plus d'informations : apmac.asso.fr

 
COREPS

Le comité régional des professions du spectacle est un espace de dialogue social sur la branche spectacle où peuvent échanger les pouvoirs publics, les représentants d’employeurs et de salariés. Il rassemble une vingtaine d’organisations et une trentaine de personnes. Le Coreps correspond à l’axe stratégique « animation du dialogue social » de L’Agence culturelle de Nouvelle-Aquitaine, nommée par l’État et la région pour animer le comité.
Plus d'informations : la-nouvelleaquitaine.fr/le-coreps

 
LAPAS

L'Association des Professionnels de l'Administration du Spectacle propose de rassembler au niveau national les professionnel.le.s des métiers de l’administration, de la production, de la diffusion et de la communication qui travaillent au sein et avec des compagnies, bureaux et ensembles indépendants du spectacle vivant, afin de réfléchir et d’agir sur les problématiques posées par l’exercice de ces métiers. Les chantiers nationaux s’articulent autour de deux axes : faire connaître les métiers de l’administration du spectacle auprès des filières universitaires et travailler à développer le tutorat de pair à pair, dans un souci de transmission. LAPAS a véritablement pris forme en Nouvelle-Aquitaine pendant la crise du Covid lorsque les professionnels se sont retrouvés à gérer seuls des situations très complexes.
Plus d'informations : lapas.fr

 
SYNPTAC

Le SYNPTAC (SYndicat National des Professionnels du Théâtre et des Activités Culturelles) est le syndicat des personnels techniques, administratifs et d’accueil du Théâtre et des Activités Culturelles.
Plus d'informations : synptac-cgt.com

 
CAP METIERS

Créée en 2018 par la Région Nouvelle-Aquitaine, avec l’appui de l’État et de l’ensemble des partenaires sociaux économiques régionaux, Cap Métiers Nouvelle-Aquitaine a pour vocation d’informer sur l’orientation, la formation, l’emploi et les métiers.
Plus d'informations : cap-metiers.fr

 
 

Crédits photos : Lumière, photo APMAC apmac.asso.fr

 
 

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